Quelques années plus tard, alors qu’elle s’était à nouveau rendue dans le Vaucluse pour assister à un spectacle, cette professeur d’espagnol reçoit un deuxième « message » qui lui fait comprendre qu’elle n’est pas venue au flamenco par hasard. Toujours dans en Avignon, mais dans un restaurant différent de la fois précédente, elle croise la route de Cristina Hoyos. « Je n’en croyais pas mes yeux. A deux reprises je me retrouvais dans un restaurant, côte à côte avec deux artistes flamencos que j’admirais. Cela ne pouvait plus être du hasard, c’était comme un signe du destin. » Plusieurs années après, Joëlle n’arrive toujours pas à y croire.
Ces
signes du destin, comme elle aime à les qualifier, n’allait pourtant
pas être les seuls à construire l’attachement de cette
aficionada, originaire d’Andalousie et née en Algérie.
La scène se déroule dans la forêt grenadine de Viznar.
Joëlle Trujillo, qui avait entendue parler d’une commémoration
nocturne qui devait s’y dérouler, décida de s’y
rendre accompagnée de sa fille aînée. Après avoir
marché un long moment dans les bois, elles découvrent enfin
Cristina Hoyos et sa troupe, vers deux heures du matin. Le groupe de danseurs
est en train de déposer des bougies à l’endroit même
où, pendant la guerre civile espagnole, fut fusillé Federico
Garcia Lorca – ce poète tant célébré par
le flamenco, depuis les « Bodas de Sangre » de Carlos Saura par
Antonio Gades et Cristina Hoyos, au « Dialogo del Amargo »
mis en scène cette année par Mario Maya.
Bailar la vida
Depuis, la vie de Joëlle s'est transformée, au fil de sa découverte du flamenco, une passion à laquelle elle s'était accorchée après le décès de ses parents, au début des années 1990. Jusqu'à ce qu'elle décide de mettre de côté son métier de professeur d'espagnol pour se consacrer au flamenco, ce qui lui a valu de perdre quelques amis. « La jalousie de voir que je m'épanouissais, après avoir longtemps cherché mon chemin peut-être. » Elle a ainsi créé sa propre structure dans la cité phocéenne : l'association « Bailar la vida », qui résume à la perfection sa conception du flamenco et son souhait de profiter de la vie.
D. F.
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Une
froide soirée d’hiver dans un restaurant d’Avignon, Joëlle
Trujillo se remémore avec émotion le spectacle d’Antonio
Gades auquel elle a assisté quelques instants plus tôt. Les
images dont elle vient de profiter se bousculent dans sa mémoire,
quand soudain, le film qu’elle se repasse en boucle, est interrompu
par le son d’une voix qu’elle ne connaît pas, mais qui
lui apparaît pourtant familière. Elle se retourne. Derrière
elle, le grand Antonio Gades s’installe à une table.
Face
au hasard de la situation, elle n’hésite pas à accoster
son improbable voisin et échange avec lui quelques mots. Cette rencontre
avec le maestro de « Carmen » et « Bodas de Sangre »
aura été, pour cette Marseillaise, un moment magique, inoubliable.